Tirer parti de nos “flops”, individuellement et collectivement

Le forum du rebond organisé par l’association 60 000 Rebonds dans les Hauts-de-France le 15 novembre 2018 est une belle source d’interpellation et d’inspiration sur la manière de vivre avec ses échecs, qu’ils concernent l’individu ou les organisations.

La mission de cette association est double : d’abord aider les entrepreneurs dont l’entreprise a été liquidée à se reconstruire sur le plan personnel et professionnel ; ensuite, de favoriser le changement de regard sur l’échec dans notre société.

Les témoignages d’entrepreneurs accompagnés par l’association montrent que le rebond est plus rapide et plus complet quand on a pris du temps pour regarder, affronter, analyser son échec, pour apprécier à un niveau juste sa propre responsabilité, pour apprendre sur soi-même et sur la vie de cette expérience, pour s’accorder si besoin un pardon à soi-même et à d’autres,…

Ce travail nécessite du courage et de la patience. Mais quelle force et quelle puissance il procure pour l’avenir à celui/celle qui en est capable !

Les témoignages de ces entrepreneurs et ceux de leurs coach et parrains sont une interpellation pour nos entreprises et pour leurs dirigeants :

Comment notre culture d’entreprise intègre t’elle la question de l’échec ? Quels types d’émotions ce terme éveille t’il dans la communauté que nous formons ? Quels comportements induit-il ? Est-ce que nous consacrons suffisamment de temps et d’énergie pour regarder, affronter, analyser nos « flops » petits ou grands ? Est-ce que nous savons construire le succès futur de notre entreprise aussi bien sur le debriefing des flops que sur la célébration des victoires ? Comment parlons-nous de ces flops ? comment les valorisons-nous ?

Voilà un beau sujet de questionnement pour un Comité de Direction !

Il y a tant d’entreprises dans lesquelles les ratés ne conduisent qu’à la recherche des coupables, chacun cherchant à se dédouaner. Il y a tant d’entreprises où l’on préfère cacher – si possible – et vite oublier les lancements commerciaux ratés, les opérations de croissance avortées, les projets d’innovations non aboutis,…

Le plus naturel, c’est de passer vite à autre chose. Nous nous rassurons en partant sur de nouveaux projets ; parce que l’on redoute que le sentiment de fragilité et le doute envahissent nos équipes et nous-mêmes ; parce que la faiblesse nous fait peur.

Et voilà aussi un beau sujet de questionnement pour les dirigeants !

Car évaluer l’entreprise dans son rapport avec l’échec et l’apprentissage ne peut qu’interpeller le dirigeant honnête sur son propre rapport à l’échec et l’apprentissage. (La personnalité du dirigeant ne se projette t’-elle pas sur l’entreprise ?).

Est-ce que je prends suffisamment de temps pour débriefer les évènements ? Suis-je capable de reconnaître sincèrement ce que j’ai raté ? de reconnaître ma responsabilité ? est-ce que je prends suffisamment le feedback pour me laisser enseigner de ces flops ? suis-je capable de m’apprécier tout en reconnaissant mes fragilités et mes marges de progrès ?

Est-ce que je sais aussi mettre l’entreprise dans cette posture par mon mode de management et ma communication ?

Est-ce que je favorise cette même démarche chez chacun de mes équipiers ?

On s’entend généralement sur le fait qu’entreprendre (l’entreprise) est, de manière constitutive, empreint de risque. Alors armons-nous individuellement et collectivement pour mieux vivre avec nos échecs petits et grands. Pour les transformer en permanence en expériences et en apprentissages. Nous pourrons alors dire que ce sont nos projets qui échouent. Pas nous !

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